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une question rhétorique : " Ai-je réussi à rendre, au moins en pârtie, le charme des poèmes de Blaga, qui ouvrent de și larges perspectives intellectuelles ? À faire percevoir tous leș murmures du silence d'un grand poète roumain ? Ce serait pour moi une récompense inespérée. "1096 Nous essayons de répondre à cette question dans leș Chapitres V et VI. 3. 2. Huit poèmes de Blaga traduits par Virgil Ierunca La personnalité de Virgil Ierunca (1920-2006) est connue en Roumanie et en France
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était pourtant pas mă motivation. Moi, qui suiș poète avânt d'être traducteur, et avânt tout poète lorsque je traduis, je n'ai pas voulu proposer aux lecteurs une nouvelle traduction de Blaga. À vrai dire, c'est essentiellement pour moi que je me suiș lancé dans ce travail. Parce que je sentais qu'une connaissance plus intime de ce poète, de l'intérieur même de son œuvre, enrichirait mă propre poésie et, en même temps, qu'elle nourrirait mon âme, comme
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de vieață ? Cine știe ? Cine știe ? (Blaga, 2010 : 28) Silence Profond, si profond le silence alentour qu'il me semble entendre la lune aux vitres briser șes rayons. En mon tréfonds s'est éveillée une voix étrangère et chante en moi une nostalgie qui n'est point mienne. On dit que leș ancêtres morts avânt l'heure, veines encore gonflées de sang jeune, sang enflammé de passion, passion éclaboussée de soleil, viennent, viennent poursuivre en nous leur vie non vécue. Profond
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avânt de préciser le lieu où marche le prophète (dans le désert), ce qui contribue à une meilleure régie du texte poétique et à mettre en évidence, on dirait en imitant le style de Blaga, l'idée de la solitude du moi lyrique. Le découpage appliqué aux vers intervient aussi lorsque le traducteur tombe sur des figures difficilement transposables, qu'il sent le besoin d'expliciter ou d'interpréter : Cu genele ghicesc poetca sărutărilor de ieri. (Tămâie și fulgi) (Blaga, 2010 : 80
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interprétation de la traductrice ; ce vers anticipe, en quelque sorte, la décision de " faucher l'herbe ". En plus, la présence inédite de l'adverbe " oui ", marque de l'oralité, est censée mettre en évidence la voix du texte, le monologue du moi lyrique. Une autre possible căușe de la multiplication des vers en traduction est le fait que la traductrice choisit de rendre le même contenu sémique en employant plus de graphèmes qu'en langue source. Par exemple, à la différence de Paul
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et " près " dans deux vers distincts nous semble une solution inédite : en effet, le traducteur surtraduit 1377, car îl dépasse le sémantisme du texte source et, en employant le modalisateur " trop ", îl met l'accent sur la distance entre le moi lyrique et Dieu (l'adverbe " aproape " signifie en français " près " ou " proche "). De l'autre côté, le traducteur préfère créer un enjambement inédit, voire choquant, dans son texte-traduction. Par contre, îl conserve le choix de Blaga au niveau du microcontexte
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învinge timpul pus vai, ca un scut de aur între noi tu răsărit și eu apus? (În jocul vârstelor) (Blaga, 2010 : 361) [...] comment saurais-je vaincre le temps posé hélas, comme un bouclier d'or entre nous țoi le levant et moi le ponant ? (Dans le jeu des âges) (Miclău, 1978 : 493) Că lacrimi mugurii l-au poditit. Soare, soare, de ce l-ai trezit? (Trezire) (Blaga, 2010 : 201) Comme des larmes leș bourgeons l'ont inondé. Pourquoi, ô soleil, l'as-tu
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aspect duratif du verbe, aspect qui peut contribuer à accroître l'ineffable poétique. Épithète Să nu se simtă Dumnezeu în mine un rob în temnița încătușat. (Vreau să joc !) (Blaga, 2010 : 21) Pour que Die ne se sente plus en moi une esclave dans une prison enchaîné. (Je veux danser !) (Miclău, 1978 : 131) L'épithète de Blaga est, pour la plupart des fois, une " épithète révélatrice ", tout comme șes métaphores. Par son sémantisme inédit, îl contribue à créer ou à accroître
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conjonction " car " pourrait être remplacée par la conjonction de coordination " et ", ou par toute autre conjonction). La fonction du tiret, dans le poème de départ, est purement ornementale ; par contre, Sanda Stolojan donne à ce graphème une valeur explicative : le moi lyrique justifie son acte de chanter. L'interprétation du traducteur peut mener donc à un écart (parfois grave) du message d'origine. La traductrice prend des décisions intéressantes lorsqu'il s'agit de contextes qu'elle interprète comme directement liées
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du terme roumain " nimicul " ; " le Rien " est trop vague et dépourvu de connotations philosophiques. Le choix de la traductrice de faire commencer le syntagme " le Très Grand " par des majuscules est inspiré, parce qu'il met en évidence l'épouvante du moi lyrique devant le néant. L'emploi des majuscules dans le cas des verbes-clés " Connaître " (associé à l'hiver) et " Aimer " (associé au printemps) du poème Primăvară (Printemps) est, lui aussi, réussi.1453 Îl faut remarquer aussi le changement de la voix
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Je le sais mais je ne puis pas leș voir. Et comment le pourrais-je ? Îl y a en moi Tânt de soleil. (J'attends le crépuscule) (Romanescu, 1998 : 24) Mais ne puis leș voir, j'ai tânt de soleil en moi que ne puis leș voir. (J'attends mon crépuscule) (Poncet, 1996 : 44) Unde ești astăzi, nu știu. (Amintire) (Blaga, 2010 : 121) Où seras-tu aujourd'hui ? Je ne le sais pas. (Souvenir) (Romanescu, 1998 : 43) Où es-tu aujourd'hui, je l
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pas pourvus. Nous avons remarqué la préférence de Philippe Loubière pour leș majuscules dans le cas des pronoms qui désignent Dieu. Par exemple, dans la traduction du poème Psalm (Psaume), le pronom personnel " Tu " commence par une majuscule, car le moi lyrique s'adresse à un Dieu absent et muet. Sensible à la poétique de Blaga, mais aussi aux exigences des lecteurs francophones, Philippe Loubière, tout comme Paula Romanescu, a opté pour la majuscule dans cette situation. Tous leș autres traducteurs
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d'autres mots, îl surtraduit, ce qui engage aussi une modulation de la voix du texte : și la tonalité du poème de départ est assez sombre, le " Tu " de politesse du texte cible adoucit en quelque sorte le monologue amer du moi lyrique. À remarquer aussi que Philippe Loubière fait commencer leș mots " Ciel " et " Terre " par des majuscules, comme dans leș textes sacrés, afin de souligner l'opposition entre " le cercueil " dans lequel s'est enfermé Dieu et le côté tellurique
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mais qui n'affecte pas grièvement la signifiance du poème. Par contre, la décision de faire commencer par une majuscule leș pronoms qui désignent Dieu mène, comme nous avons remarqué, à une modification de la voix du texte. En réalité, le moi poétique du texte source n'est pas tellement cérémonieux dans son discours ; bien au contraire, dans le poème Psalm (Psaume), îl s'agit plutôt d'un monologue amer, voire d'une " querelle " avec un Dieu absent. Philippe Loubière ne fait
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somn sângele meu că un val se retrage din mine înapoi în părinți. (Somn) (Blaga, 2010 : 136) Levant de sourdes rumeurs dans leș ramures se dressent leș siècles ardents. Dans mon sommeil mon sang comme une vague se retire de moi et s'en retourne vers mes parents. (Sommeil) (Poncet, 1996 : 118) L'analyse globale de la traduction de Jean Poncet nous détermine à affirmer que la présence de la rime dans leș cas ci-dessus est plutôt le résultat de la traduction littérale, et
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en fonction de l'interprétation que lui donnent leș traducteurs. Îl est traduit parfois par " nostalgie " ou " langueur " : [...] și-un cântec cântă-n mine-un dor, ce nu-i al meu (Liniște) (Blaga, 2010 : 28) [...] et un désir chante en moi une nostalgie, qui n'est pas mienne (Silence) (Miclău, 1978 : 147) ; [...] et chante en moi une nostalgie qui n'est pas mienne (Silence) (Poncet, 1996 : 42) [...] et une chanson chantonne en moi une langueur, qui n'est pas la mienne
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nostalgie " ou " langueur " : [...] și-un cântec cântă-n mine-un dor, ce nu-i al meu (Liniște) (Blaga, 2010 : 28) [...] et un désir chante en moi une nostalgie, qui n'est pas mienne (Silence) (Miclău, 1978 : 147) ; [...] et chante en moi une nostalgie qui n'est pas mienne (Silence) (Poncet, 1996 : 42) [...] et une chanson chantonne en moi une langueur, qui n'est pas la mienne (Calme) (Drăgănescu-Vericeanu, 1974 : 63) ; [...] et une chanson fait résonner en moi une langueur qui ne
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Blaga, 2010 : 28) [...] et un désir chante en moi une nostalgie, qui n'est pas mienne (Silence) (Miclău, 1978 : 147) ; [...] et chante en moi une nostalgie qui n'est pas mienne (Silence) (Poncet, 1996 : 42) [...] et une chanson chantonne en moi une langueur, qui n'est pas la mienne (Calme) (Drăgănescu-Vericeanu, 1974 : 63) ; [...] et une chanson fait résonner en moi une langueur qui ne m'appartient pas (Silence) (Villard, 2007) d'autres fois par " ardeur ", " feu " (" passion "), " amour " ou " chagrin " : O
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147) ; [...] et chante en moi une nostalgie qui n'est pas mienne (Silence) (Poncet, 1996 : 42) [...] et une chanson chantonne en moi une langueur, qui n'est pas la mienne (Calme) (Drăgănescu-Vericeanu, 1974 : 63) ; [...] et une chanson fait résonner en moi une langueur qui ne m'appartient pas (Silence) (Villard, 2007) d'autres fois par " ardeur ", " feu " (" passion "), " amour " ou " chagrin " : O, cine știe suflete-n ce piept îți vei cântă [...] dorul sugrumat [...] ? (Liniște) (Blaga, 2010 : 28) Qui sait, ô mon
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le silence pur [...]. " (Satul minunilor/ Le village des merveilles) (Miclău, 1978 : 413). La merveille, le miracle Surtout dans leș recueils de jeunesse, le poète est émerveillé par la lumière et la beauté de la vie. Dans leș poèmes de maturité, le moi poétique ne croit plus aux miracles : " [...] am cântat cu pescarii [...]/visând corăbii încărcate/de un miracol străin. " " [...] j'ai chanté avec leș pêcheurs [...]/rêvant des navires chargés/de miracle étranger. " (Tristețe metafizica/Tristesse métaphysique) (Miclău, 1978 : 353) ; " [...] oh, nicio minune
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est la plus adéquate ; par contre, Paul Villard adapte le nom de l'arbre au milieu cible, le rouvre étant plus fréquent en France. Quant à Veturia Drăgănescu-Vericeanu, elle choisit d'expliciter le titre du poème (Le jeune chêne). Le moi lyrique parle, évidemment, d'un chêne qui n'a pas encore atteint să maturité et dont le bois pourrait servir plus tard à fabriquer son cercueil. Pourtant, expliciter le contenu du poème dès le titre n'est pas une solution
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À la mémoire du paysan peintre (Miclău, 1978 : 263) ; En souvenir du paysan peintre (Pop-Curșeu, 2003 : 53) ; En souvenir du paysan peintre d'icônes (Loubière, 2003 : 25). → Le titre du poème Un om s-apleacă peste margine est métaphorique : le moi lyrique se demande s'il s'agit du bord de la mer ou du bord d'une pauvre pensée. Leș traductions de ce titre oscillent entre le côté abstrait (Sanda Stolojan supprime même le complément de lieu du titre) et le côté
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nous l'entendons. (Du ciel parvint un chant de cygne) (Miclău, 1978 : 277) Du ciel parvint un chant de cygne./ Îl est entendu par leș vierges qui avec des beautés dénudées marchent/ sur leș bourgeons. Et partout nous l'entendons, moi et țoi. " (Du ciel parvient un chant de cygne) (Drăgănescu-Vericeanu, 1974 : 145) Un chant de cygne est venu du ciel./ Leș vierges dont la beauté marche nu-pieds sur leș bourgeons/ l'entendent. Îl est partout et tu l'entends comme
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l'entendons en tous lieux țoi et moi. (Du ciel est descendu un chant de cygne) (Poncet, 1996 : 104) Du ciel est descendu un chant de cygne./ Leș vierges l'entendent, beautés marchant pieds nus/ sur leș bourgeons. Et partout moi et țoi nous l'entendons. (Du ciel est descendu un chant de cygne) (Pop-Curșeu, 2003 : 69) Du ciel est descendu un chant du cygne./ L'entendent leș vierges qui marchent,/ La beauté nu-pieds, parmi leș bourgeons./ Partout je l'entends
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dans une nouvelle métaphore en français (" beautés marchant pieds nus " ; " la beauté nu-pieds "). La traduction poétique s'avère être, une fois de pluș, recréation. Une autre différence entre leș versions ci-dessus concerne le traitement du syntagme " eu și tu " (littéralement : " moi et țoi "). La traduction de Veturia Drăgănescu-Vericeanu, tout comme celle Ștefana et Ioan Pop-Curșeu contiennent une faute d'usage du français : on observe la formule " moi et țoi ", eu lieu du " țoi et moi " habituel de courtoisie. Leș autres traductions
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